Des sacs d’huîtres pour lutter contre la submersion marine ?

mercredi 2 mars 2011
par  Véronique Kedzierski

Un an après la tempête Xynthia, c’est l’heure du bilan dont la presse se fait l’écho. En cette fin février, deux articles nous interpellent : l’un concernant la situation à La Faute-sur-Mer (Le Télégramme du vendredi 25 février) et le second concernant Damgan (Le Télégramme du jeudi 24 février). Le premier montrant comment un petit paradis à quelques mètres de la plage s’est transformé en enfer, l’autre rassurant « il n’y a pas de zones noires* à Damgan. »

Le contraste est d’autant plus saisissant qu’en Vendée on « se bat pour que la lumière soit faite sur la chaine des responsabilités. Notamment celles des élus »... Au moment où la Préfecture du Morbihan se saisit de ce dossier, espérons que nos élus ne se contenteront pas de minimiser les risques pour assouvir leur soif de développement de l’urbanisme.

En effet, les enjeux sont-ils compris par tous les élus locaux ? On peut en douter. Alain Daniel aurait déclaré dans Le Télégramme espérer « que le plan national submersions apporte des solutions pour lutter contre l’érosion » ; c’est méconnaitre le but fondamental de ce plan national qui est de faire face à des phénomènes de surcote exceptionnelle.
Comment ose-t-on faire croire à la population que des boudins de sable et des sacs d’huîtres pourraient nous protéger dans cette situation !

Plusieurs questions se posent :

Existe-t-il un danger potentiel  ?
Oui, en cas de concordance entre fort coefficient de marée, faibles pressions atmosphériques, vents violents (tempête), voire fortes précipitations. On a pu constater par le passé qu’en fonction de la direction des vents, différents secteurs de la commune pouvaient être affectés de manières diverses. Sachant que lors des derniers épisodes tempétueux, Damgan s’est trouvée en périphérie des axes des vents les plus violents, nous avons été jusque là plutôt épargnés.

Peut-on prévoir et évaluer le danger ?
Oui, si les prévisions météorologiques sont suffisamment précises et même si il reste toujours une part d’incertitude sur la trajectoire d’une tempête et ses limites.
Les coefficients de marée sont calculés et connus longtemps à l’avance.

Quelles défenses ?
Il existe déjà des moyens de « défense » contre la mer, mais ils n’ont pas forcément pour fonction de lutter contre un risque de submersion marine. En effet, jusque là, on parlait de lutte contre l’érosion et non de submersion marine. Les risques et les enjeux ont changé ! Faisons un rapide état des lieux :

  • Rôle des boudins de sable :
    Ces boudins ont pour fonction de retenir le sable qui transite le long des plages. Ce mouvement naturel et saisonnier est ralenti. On constate une disparition du sable sur les plages due à plusieurs phénomènes : disparition des cordons dunaires, construction des murs de protection, enrochements, etc... ne permettant plus l’alimentation en sable des plages dans un contexte de remontée du niveau marin.
    En aucun cas ces boudins ne peuvent jouer un rôle de protection dans un risque de submersion.
  • Rôle des enrochements, des sacs d’huîtres :
    Leur rôle est d’amortir le choc des houles quand elles arrivent à la côte et donc de ralentir l’érosion des micro- falaises (par exemple côte sud Pénerf). Les sacs d’huîtres sont une version « douce » et « durable » de ces enrochements et c’est une très bonne idée ! Mais ces deux types de protection ne peuvent rien contre un risque de submersion marine... Il suffit d’être passé après une tempête et d’avoir vu comment la mer est capable d’arracher ces enrochements pour en être convaincu !
  • Rôle des murs de défense :
    Ils ont été construits à une époque où le tourisme était en plein expansion à Damgan pour aménager les abords des plages. Ces aménagements construits souvent en avant de cordons dunaires ont bloqué le transit sédimentaire qui alimentait les plages en sable. Ils ont permis la construction des routes. Ils ont aussi figé le littoral. Avant leur construction le cordon dunaire pouvait périodiquement se rompre et la mer pénétrait alors jusqu’à des zones de lagunes qui se trouvait en arrière (secteur du Moncello par exemple) ou rejoignait les marais (secteur du Bil par exemple).
    Aujourd’hui la mer se brise sur ces murs par gros temps. En revanche ils sont d’une utilité limitée lors des phénomènes extrêmes. Ils n’empêchent pas la mer d’envahir certains quartiers de la commune.

A partir de quelle hauteur de mur de protection pourrait-on estimer être à l’abri : 2m, 5m ?
« Le PPRI de l’Aiguillon se base sur un niveau de référence basé sur Xynthia +1m en prévision d’une possible élévation du niveau des mers. Ce niveau est donc fixé à 5,70 m. » Le raisonnement est absurde, on le voit et la solution pour Damgan n’est pas là. On ne va pas entourer la commune de murs de béton... d’autant plus que lors de la dernière tempête, les secteurs proches des marais, habituellement plus protégés, ont été particulièrement envahis par la mer.

Si on ne peut pas arrêter les éléments, on peut cependant mettre en œuvre des moyens exceptionnels pour des évènements exceptionnels. Le but est d’épargner des vies, si ce n’est de limiter le bilan matériel d’une catastrophe de ce type. Voilà le but de l’État dans ces Plans de Prévention des Risques.

Quels moyens l’État veut-il amener à mettre en œuvre en cas de situation de crise ?

  • L’installation de moyens pour informer et alerter les populations.
  • L’organisation de plans d’urgence pour mettre à l’abri les populations.
  • L’organisation de l’hébergement et du ravitaillement des populations.
  • L’organisation de la liaison avec les autorités.

Tout cela demande une organisation à l’échelle de la commune, peut-être même de la Communauté de communes car il n’existe pas à ce jour de lieu sûr capable d’accueillir les Damganais.
Bien sûr les PPR vont aussi imposer de limiter la construction dans les secteurs les plus dangereux, mais qu’en pensent les familles qui ont perdu des proches à La Faute-sur-Mer... Sûrement que cela aurait dû être fait bien plus tôt...

Véronique KEDZIERSKI, Professeur d’histoire et de géographie

* zones noires : zones où les constructions doivent être détruites.

Pour en savoir davantage :

- Lire les documents de la conférence de presse de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, Ministre de l’Écologie à propos de Xynthia et notamment sur la culture du risque :

Extrait :
« - Faire du Plan communal de sauvegarde (PCS) l’outil central de la mise en sûreté des personnes au niveau communal :
La loi impose au Maire dans les communes soumises à un plan de prévention des risques inondation approuvé, l’élaboration d’un plan communal de sauvegarde. Cette obligation doit être d’autant plus respectée que la sécurité des personnes est en jeu.
Le PCS, mis en place sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, ne doit rechercher qu’un seul objectif : « être prêts le jour J ». L’élaboration de ce plan ne vise donc pas à réaliser un document mais à préparer et organiser la commune pour faire face aux situations d’urgence, et ce en tenant compte de la taille et des habitudes de fonctionnement de cette dernière.

Ainsi, pour mener à bien cette démarche, la commune doit mettre en place un véritable projet dont les étapes sont les suivantes :

  • le diagnostic des risques,
  • le travail sur l’alerte et l’information de la population,
  • le recensement des moyens communaux et privés,
  • la création d’une organisation de crise,
  • la réalisation d’outils pratiques (réflexions sur des questions pragmatiques « qui fait quoi, comment ? »),
  • la pérennisation du projet dans le temps (exercices et procédures de mise à jour).
    En vue de garantir le caractère opérationnel du PCS dans le temps, des éléments importants sont également à prendre en compte :
  • la participation du maximum de personnes (élus, agents...) à son élaboration pour favoriser son caractère opérationnel et son appropriation par les acteurs ;
  • la réalisation d’outils simples mais efficaces plutôt qu’un outil papier volumineux non maîtrisé par les acteurs ;
  • la mise en place d’exercices réguliers permettant de tester tout ou partie du PCS et d’instaurer le principe d’amélioration continue. »
  • les deux articles du Télégramme :
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Article Le Télégramme 24 février 2011

 

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Article Le Télégramme 25 février 2011

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