Le risque de submersion marine et sa cartographie sur la commune de Damgan

mardi 3 mai 2011
par  Nicolas Kedzierski

Le 28 février 2010, la tempête Xynthia a frappé une large façade de notre littoral atlantique et plus particulièrement les communes du sud de la Vendée où les conséquences furent dramatiques.

Une note interministérielle en date du 7 avril 2010 a demandé aux préfets des départements littoraux d’accélérer la mise en œuvre des plans de prévention des risques littoraux (PPRL). La commune de Damgan fait partie des territoires reconnus à l’échelle nationale comme susceptibles un jour ou l’autre d’être touchés par une submersion marine. Afin d’anticiper ce risque et de protéger les populations littorales, les préfets ont piloté la réalisation d’outils de prévention : les PPRSM (Plan de Prévention des Risques de Submersion Marine).

Comment identifier à l’échelle de la commune de Damgan, les zones susceptibles d’être submergées ?

Cette question pose le problème de l’élaboration d’une carte représentant le risque de submersion marine sur notre commune. Pour élaborer une carte de l’aléa « submersion marine » deux informations sont nécessaires :

  • le niveau topographique des terrains ;
  • le niveau marin centennal.

Certaines informations peuvent être fournies par des cartes traditionnelles comme les cartes topographiques et les cartes marines.

La carte dite « topographique » (1/25000 ou au 1/50000e) est élaborée par l’IGN (Institut de Géographie Nationale). Elle comporte des relevés altimétriques (les altitudes) sous forme de points cotés ou de lignes de même altitude, appelées isohypses. Ces lignes sont tracées en orange sur les cartes topographiques. Le niveau qui sert de référence est le fameux 0 NGF. Ce niveau de référence, calculé par le marégraphe de Marseille, est valable pour l’ensemble des cartes de France.

La carte marine est réalisée par les services du SHOM ; elle définit le niveau 0 des plus basses mers de marée de vive eau (calculée à l’équinoxe). Cette carte détermine des courbes bathymétriques (égale profondeur). Elles sont représentées en bleu sur les cartes topographiques.

De plus dans le cadre du Schéma départemental de prévention des risques littoraux, la Préfecture a fait établir, à partir des données LIDAR(1), des cartes de zones submersibles à l’échelle du 1/10 000e qui constituent un outil d’une remarquable précision à l’échelle communale.

Qu’est-ce que le niveau marin centennal ?

Le niveau marin centennal est un événement exceptionnel de période de retour au moins 100 ans appelé événement centennal, c’est à dire qui a une chance sur cent de se reproduire chaque année (aléa de référence). Les directives nationales, intégrant les conséquences du changement climatique, exigent de prendre en compte le risque d’élévation du niveau moyen de la mer à l’horizon 2100 sous la forme d’une hypothèse d’élévation de 1 mètre. Cette évolution, doit-on le rappeler, est particulièrement rapide.

Ce niveau marin centennal est déterminé en chaque point du littoral à partir de l’atlas « Statistiques des niveaux marins extrêmes de pleine mer – Manche et Atlantique ». Cet atlas est édité par le SHOM et le CETMEF (Centre d’Études Technique Maritime Et Fluvial) en 2008. Ce qu’il faut retenir, c’est que les niveaux centennaux varient le long du littoral. Ils ne sont pas les mêmes selon les communes littorales. Une valeur de niveau marin centennal est donc valable au droit de chaque commune et cette cote est reportée sur chaque carte communale. A Damgan il est de 3,70 mètres par rapport au niveau NGF.

Pourquoi cette variabilité ? Les niveaux calculés par le SHOM prennent en compte la combinaison des marées et des surcotes susceptibles d’élever le niveau moyen de la mer à la côte lors d’une tempête. Mais ils ne prennent pas en compte les effets des houles capables de générer des déferlements importants et le passage de paquets de mer au dessus du front de mer, situations que nous avons connues à plusieurs reprises sur la commune.

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Source : Préfecture du Morbihan

Le littoral breton a été découpé en plusieurs tronçons de niveaux marins centennaux homogènes. Pour chaque secteur (ou tronçon) on a identifié et cartographié trois zones différentes :

  • Zone « aléa fort », cartographiée en violet : elle représente les secteurs situés plus de un mètre sous le niveau marin centennal.
  • Zone « aléa moyen », cartographiée en orange : ces secteurs sont situés entre zéro et un mètre sous le niveau marin centennal.
  • Zone « aléa lié au changement climatique » représentés en jaune : les secteurs sont situés entre zéro et un mètre au-dessus du niveau marin centennal.
  • Enfin une quatrième zone a été ajoutée, elle correspond à une zone de dissipation d’énergie de 100 mètres en arrière des systèmes de protection (murs, enrochements, digues) ou des cordons dunaires s’ils venaient à se rompre sous l’action de la mer.

Aurons-nous un jour à Damgan les pieds dans l’eau ?

A cette question la réponse est claire : OUI. Et nous avons déjà connu de telles situations, traumatisantes et vite oubliées... Afin justement de limiter les effets de telles catastrophes sur les populations et les biens, les services de l’Etat ont décidé la mise en place des plans d’actions visant à développer une véritable culture du risque et à réduire la vulnérabilité des populations en ce domaine.

 Dans son courrier en date du 8 décembre 2010, adressé aux représentants des communes littorales, M. le préfet Philizot fait deux remarques importantes :

« Pour les zones déjà urbanisées, il y a lieu d’être vigilant sur les projets situés dans les secteurs les plus sensibles (zones violettes et oranges) afin qu’ils ne conduisent pas à augmenter la population notamment lors des changements de destination... »

« Dans l’attente, l’état évolutif de cette connaissance des phénomènes marins et les incertitudes qui l’entourent ne doivent toutefois pas conduire à l’inaction... »

La transparence de l’information est indispensable auprès des citoyens de Damgan. Les documents concernant le PPRSM(2), sont librement consultables en mairie, même si la carte est provisoire. Un courrier, adressé à notre association par la préfecture, rappelle les obligations du maire à cet égard.

Cet outil de prévention du risque est également un outil de gestion de l’urbanisation. Que penser alors de l’attitude du maire qui veut assouplir le zonage pour faciliter les constructions futures ? Il est évident que plusieurs secteurs n’ont jamais été inondés mais leur situation littorale, leur altitude moyenne et leur exposition les rend vulnérables à plus ou moins court terme. Il faudra bien admettre un jour que l’urbanisation ne peut s’étendre de manière continue sans risque. Peut-être sommes nous arrivés finalement à ce moment de notre histoire ?

Nicolas Kedzierski, professeur d’histoire et de géographie

(1) La télédétection par laser ou LIDAR, acronyme de l’expression en langue anglaise « Light Detection and Ranging », désigne une technologie de télédétection qui permet de cartographier la surface de la Terre.

(2) Cette carte PPRSM est accompagnée d’une notice technique qui donne les informations pour comprendre le zonage et définir les risques de submersion. C’est un document indispensable qui accompagne la carte car sans légende une carte n’est pas compréhensible.

Cet article a été réalisé à partir des documents administratifs suivants que nous publions intégralement en annexes :

  • Courrier de la Préfecture du Morbihan adressé aux communautés d’agglomération et communes en date du 8 décembre 2010 sur le risque de submersion marine.
  • Notice technique d’accompagnement des cartes des zones exposées aux risques de submersion marine, Préfecture du Morbihan
  • Schéma départemental de prévention des risques littoraux, 18 octobre 2010, DDTM56, Préfecture du Morbihan.
     
PDF - 4.3 Mo
Arrêté préfectoral
PDF - 3 Mo
Notice d’accompagnement des cartes
PDF - 571.8 ko
Exemples de maîtrise de l’urbanisation
PDF - 5.2 Mo
Dossier d’information sur les risques littoraux
PDF - 1.4 Mo
Dossier départemental risques majeurs. avril 2011

Voir également les articles précédents sur le même sujet :

- Pourquoi un PPR ?

- Des sacs d’huîtres lutter contre la submersion marine ?

- A quand la transparence à Damgan ?

- Le dossier du PPR consultable en Mairie

- Le risque est-il négociable ?

 

 


Commentaires

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Le risque de submersion marine et sa cartographie sur la commune de Damgan
jeudi 5 mai 2011 à 17h02 - par  marie jo

Comme quoi lorsque l’on s’adresse à des personnes comptétentes on obtient des renseignements clairs et précis . Merci Nicolas d’avoir pris le temps de rédiger cet article pour tous les lecteurs curieux de ce site . Nous savons qu’ils sont nombreux à s’interesser à l’actualité de notre commune, et nous savons aussi que les compétences ne manquent pas au sein de notre association .

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Le risque de submersion marine et sa cartographie sur la commune de Damgan
mercredi 4 mai 2011 à 22h17 - par  Justin

Dommage que toutes ces infos ne soient pas sur le site de la mairie. Dommage que les cartes ne soient pas non plus sur le site de la mairie. A St-Gildas, ils l’ont fait. Et c’est normal.

A damgan, dès qu’on touche à l’urbanisme, aux terrains constructibles, c’est domaine réservé du maire.

En tout cas, c’est pas en minimisant les risques que son image grandira. Il ferait mieux de regarder ce qui est arrivé au Maire de La Faute sur Mer.

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