Quelle place pour l’agriculture ?

jeudi 21 mars 2013
par  Christine Renault

« L’agriculture, traditionnelle ou bio, a-t-elle sa place dans une commune de 10 km2 du littoral breton et dont l’activité économique principale est le tourisme ? »

Merci à Damgan Autrement de nous inviter à réfléchir au plan local sur cette question cruciale qu’au sein du CCFD Terre Solidaire nous évoquons sans relâche.

Ce qui est vrai pour le monde dans sa globalité est vrai pour notre territoire dans sa singularité, et donc vrai pour Damgan et son avenir, toutes proportions gardées, bien entendu.

Tout dépend de la vision que nous avons du monde en devenir et de la place que nous avons envie de donner à notre territoire dans ce mouvement- là, compte tenu de ses réalités singulières. Continuerons-nous de penser Damgan comme un monde à part et non de le faire avancer et donc de le penser au sein d’un territoire plus large qui mutualise les ressources, les projets, la prise en compte des grands thèmes de société dans un contexte de crise financière et de restriction budgétaire ?

La première réalité incontournable est la question environnementale, la préservation du littoral, la qualité de l’eau, l’envasement de la Vilaine, l’ostréiculture etc. Ceci conduit à des choix agricoles nécessairement respectueux de l’environnement, donc il me semble orientés vers un choix bio.

La seconde réalité est la question de l’emploi : il semble que la filière agricole ait un potentiel réel de création d’emplois, si elle revoit sa copie, si elle se mobilise pour retrouver de l’indépendance et tout de même en Bretagne il y a de nombreuses initiatives en ce sens. Cela me semble intéressant de réfléchir à l’intérêt de soutenir l’installation de jeunes petits agriculteurs. C’est un phénomène qui doit être général car contrairement à ce que nous donnent à croire les rayons des grandes surfaces, la souveraineté alimentaire de la France n’est pas du tout assurée, tellement notre civilisation est dépendante du pétrole et organisée autour de grands monopoles. Ici comme ailleurs les solutions sont locales, pour ma part j’y crois très fort.

La troisième réalité est la question démographique et la vie toute l’année : que voulons-nous ? Continuer à vivoter, vieillir dans l’isolement et la solitude en dégustant les chocolats du CCAS ? Fermer nos écoles ? La question pose le choix entre agriculture et tourisme puisque le tourisme semble être la panacée et la solution à tous nos maux. Pourquoi ne chercherions-nous pas une sobriété heureuse dans nos choix ? L’actuelle municipalité veut faire de Damgan une station balnéaire « bling bling » Est-ce son vrai visage ? Qui sont nos touristes d’ailleurs ? Que cherchent-ils ? Pour ce que j’en vois, ce sont plus des vacanciers, des campeurs ou des propriétaires de résidences secondaires que de vrais touristes ; d’ailleurs qu’y a-t-il à visiter ? La Tour des Anglais ? Ce sont d’abord des familles tranquilles qui viennent se reposer, pêcher, naviguer. La plage est encore bien mais pour combien de temps encore ?

On pourrait imaginer du tourisme « vert » tourné vers la vie des gens, la nature, la solidarité. Quelques jeunes agriculteurs soutenus par toute la population, suscitant, comme on aurait pu le faire avec les ostréiculteurs, des choix d’activités tant économiques que touristiques, adaptés à ce territoire, tout mignon mais modeste tout de même.

Je ne résiste pas au désir de vous faire partager ce minuscule extrait de l’œuvre immense, à la fois militante au niveau le plus concret et éminemment poétique sur le plan littéraire, de Pierre Rabhi ( il s’agit ici d’un extrait de son essai « Vers la sobriété heureuse »).

J’ai choisi cet extrait mais j’aurais pu en choisir des centaines d’autres, tellement son expérience du terrain est vaste et sa pensée lumineuse et loin d’être sans rapport avec la question posée.

« L’épopée agronomique de l’Occident s’achève sur la disparition des paysans en tant qu’intendants millénaires de la terre nourricière. Ils ont, sans en être conscients, participé à la croissance aveugle et au règne de l’immodération dont nous déplorons à présent la virulence. Le plus tragique est que cet intendant manipulé, conditionné par l’idéologie du lucre omnipotent, a détruit et continue de le faire, le bien commun et vital qu’il a toujours eu pour mission d’entretenir et de transmettre à la postérité. Cela impliquait une gestion « en bon père de famille » selon l’expression traditionnelle qui figure sur les baux ruraux. Or, le souci de préservation du patrimoine a comme on sait, été banni de toute transaction.

Par ailleurs, la concurrence internationale et la loi du marché ont fait se détruire économiquement entre eux jusqu’aux paysans les plus pauvres. La faim dans le monde, que le système de production moderne devait éradiquer, a au contraire été aggravée par des mécanismes inspirés par l’avidité. Plaise au ciel que les paysans rescapés de la destruction physique et économique comprennent qu’il leur faut à tout prix, pour leur salut, considérer les structures fermières à taille humaine et à production diversifiée comme autant de bastions contre les pieuvres du profit sans âme ni limites. Le lien avec la terre nourricière fondé sur la modération et le respect sera garant non seulement de leur survie, mais aussi de leur dignité. Je rêve souvent à l’avènement d’un nouveau paysan gouvernant sa petite ferme comme un souverain libre en son royaume. La conjoncture économique étant défaillante, la crise financière sera sans doute ce qui va permettre d’identifier les vraies richesses. Elle devrait en toute logique inciter la gouvernance du monde à remettre en question le modèle de société tout entier. Après en avoir tiré tous les avantages possibles, avoir produit des enrichissements honteux grâce à leur labeur, la logique du profit est en train d’affamer les paysans en attendant de les éliminer de la surface de la Terre. »

En conclusion, je trouve cette question cruciale mais je crois que pour y trouver quelques éléments de réponse, il faut redéfinir notre propre vision de l’agriculture autant que celle du tourisme que nous envisageons pour Damgan. Il faut absolument définir une vision d’avenir pour notre territoire qui aille dans le sens d’un monde meilleur pour tous, mettre en œuvre une intelligence collective et généreuse. Ceci suppose un sacré changement de mentalité, en particulier à Damgan.

 

 


Commentaires

Quelle place pour l’agriculture ?
jeudi 21 mars 2013 à 18h40

bonjour

merci pour cette article, puisse-il être diffusé plus largement ;

mais je doute que ce soit dans l’ère du temps..............................

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